



Tom Zé a participé à la compilation manifeste du Tropicalisme, Panis e circensis. Pour des raisons qui tiennent peut-être à sa plus lente maturation musicale, il n'en a pas réellement tiré profit. Au cours des années 70, il a pu observer Gal Costa, Caetano Veloso, Rita Lee et Gilberto Gil devenir les nouvelles vedettes de la chanson populaire brésilienne (*) tandis que lui est tombé lentement dans l'oubli, à mesure que son style singulier s'est affirmé. Dans les années 80, un américain fan de musique brésilienne, David Byrne, ex leader des Talking Heads, a ramené d'un de ses voyage un disque, Estudando o samba, épuré et moderne de déconstruction dadaïste de la samba, un chef d'oeuvre sorti dans l'indifférence en 1976. Affolé que le monde ignore tout de cet artiste fou, il a décidé de publier l'essentiel de cet album sur son label, agrémenté d'extraits d'autres disques. Et c'est ainsi que dans les années 90, j'ai emprunté à la bibliothèque mon premier disque de musique brésilienne, LA compilation Luaka Bop conseillée par les Inrocks. Comme beaucoup, je découvrais Tom Zé sans avoir jamais entendu parler de Caetano Veloso, ni de Gal Costa, à peine de Gilberto Gil. Un peu comme si j'avais écouté The Millenium, Sagittarius, Love et les Zombies sans jamais avoir entendu le moindre album des Beatles. Mais passons.
La compile Luaka Bop est très bien, mais c'est une compile faite par un type qui a décidé de mettre l'accent sur le côté bizarre, non conventionnel de Tom Zé. David Byrne a donc zappé un album entier, Correio da Estação do Brás, sorti en 1978 parce que trop doux, trop "ear friendly". Il a également choisi d'ignorer Se o caso é chorar, un album de 1972 qui ne lui semblait sans doute qu'une étape dans le processus menant à ce qui était pour lui l'aboutissement, Estudando o samba. C'est dommage, parce qu'au final, l'écoute de cet album révèle une facette de Tom Zé ignorée par la compilation, un Tom Zé moins porté sur les onomatopées, plus harmonieux, moins foncièrement bizarre et globalement moins fastidieux que ce que laisse penser la compilation. Et tant mieux pour nous, puisque qu'un morceau aussi fort que O sandalo n'est pas connu de grand monde. On pense à Animal Collective (en faisant un petit effort quand même). Le morceau qui le suit sur le disque est d'une suavité à tomber. Conclusion : oubliez la compile, écoutez tout :
Estudando o samba, dont la plupart des titres se retrouvent sur la compilation Luaka Bop
Se o caso é chorar
Correio da Estação do Brás
Todos os olhos, l'autre album dans lequel David Byrne a pioché largement. La pochette représente une bille qui sort d'un anus.
Se O Caso É Chorar
O sândalo
tom zé
Composição: (Tom Zé)
Parecido sempre com um machado
Que fere o sândalo e ainda quer
sair perfumado.
E ainda quer
sair perfumado.
Faça suas orações uma vez por dia
e depois mande a consciência
junto com os lençóis
pra lavanderia.
tengo tengo tem tengo
Tenguem dedem teguem
dedem teguem dedem
* La mainmise des bahianais était telle, qu'à un moment, des comiques télévisuels montèrent un groupe parodique, Bahiano et os novos caetanos (concaténation de Caetano Veloso et des Novos Baianos) qui connut un certain succès avec un titre, Vô Batê Pá Tu, repris en France par Michel Leeb sous le titre Vous battez pas toutes.